Monstre sacré

Autobiographie de Jean-Paul Sulitzer


J’ai commencé à lire ‘Monstre Sacré’ de Paul-Loup Sulitzer, ce qui est l’autobiographie de l’auteur. C’est un style aisé, presque voluptueux, riche en images, facile à lire. Dans cet article je vais citer des passages et proposer une révue du livre à la fin.

Pour commencer, j’ai un peu étudié sa vie et étais sur le coup impressionné par son père, Jules Sulitzer, un commerçant romain (juif) qui a délaissé sa patrie, la Roumanie, à cause du fascisme et l’antisémitisme à l’époque, pour s’installer à Paris. Voici ce qu’écrit l’auteur au sujet de son père:

Mon père, immigré juif originaire de Roumanie, arrive à Paris à l’âge de vingt ans. Profondément démocrate, il a fui son pays, le régime fasciste et les persécutions antisémites. Il se retrouve en terre étrangère, démuni de tout. En France, il est chez lui car il en a décidé ainsi. Il a un esprit de conquête, cette ressource ultime des gens qui ne possèdent rien et ne doivent se fier qu’à eux-mêmes pour survivre. Conquérir pour survivre. Je n’oublierai jamais ces mots qu’il me répétait: travailler, tenir, avoir l’idée originale à laquelle personne n’aura pensé. Je serai comme lui: un gagnant.

Très vite, il trouve un emploi de représentant de commerce, puis de vendeur dans une entreprise de remorques. Il se démarque par son courage et son efficacité: mon père voit loin, plus loin que le commun des mortels, il sait analyser le monde qui l’entoure. Bientôt, grâce à son travail et à ses remarquables qualités d’entrepreneur, il se met à son compte et monte la societé de remorques Titan. L’affaire se développe frénétiquement, elle devient une entreprise florissante. Plus de 7000 ouvriers travaillent dans ses ateliers, qui sont l’un des fleurons de l’industrie française. (…)

Très vite, il lui faut un domaine. Il s’accorde des morceaux de France. Il veut prendre racine sur tout le territoire. Il achète des propriétés en Camargue, en Bretagne, en Sologne, une ferme à La Celle-les-Bordes, le château de l’Aleu dans la vallée de Chevreuse près de Saint-Arnoult-en-Yvelines et d’immenses terrains à Marseille. Mais la plus belle de ses acquisitions reste le domaine de la Capilla, à Saint-Tropez, racheté à un cinéaste en faillite. On ne peut pas s’y tromper, c’est un véritable décor aux perspectives innombrables. Il va les agrandir, ces perspectives. Il y a d’abord une villa entourée d’un parc de six mille mètres carrés. Quelque temps plus tard, il achète une vingtaine d’hectares au même endroit.

Voilà un homme qui avait un père fort et aimant, un père admirable, mais il l’a perdu à l’âge de 10 ans, et cela lui a infligé une blessure qui a peut-être contribué à sa victoire plus tard dans sa vie. Car l’image du père restait intact, et pouvait être fortement idéalisée—ce qui est en psychologie un fait connu qui contribue au succès d’un homme et qu’on appelle ‘imago positive du père.’

J’étais un enfant frêle et sensible, j’écrivais de délicats poèmes. Quand on m’a appris la nouvelle, j’ai refusé d’y croire. C’était trop cruel, trop injuste. J’étais encore trop petit, j’avais encore tant besoin de mon papa pour devenir un homme. La vie était trop brutale! (…)

La disparition de mon père est un cataclysme, une onde de choc qui fait des ravages dans la famille. Nous avons perdu l’être qui est notre modèle, notre référence. Nous sommes anéantis. (…)

Je suis un petit garçon malheureux. Nous ne manquons de rien, nous habitons un vaste appartement rue Beethoven, dans le 16e arrondissement, mais l’argent ne remplace pas un être aimé. L’absence de mon père est terrible. Ma mère a du caractère, c’est une femme belle et autoritaire, mais ma relation avec elle est différente. Malgré ses immenses qualités humaines, je n’ai jamais pu retrouver auprès d’elle la complicité qui m’unissait à mon père. (…)

Après la mort de mon père, une vie nouvelle commence, plus difficile. Ma mère n’étant pas une femme d’affaires, elle demande conseil à des avocats. Le navire amiral de mon père est laissé sans capitaine, sans vigie, sans surveillance. Les intérêts divergent, les associés se font la guerre. La famille paisible devient un champ de bataillle. Les avocats incitent ma mère à se battre pour sauver un empire dévasté. Les charognards sont partout, avides et affamés. Les affaires d’argent gâchent les plus belles oeuves. (…)

Après avoir été victime des charognards qui se sont acharnés sur le patrimoine familial, ma mère et moi plongeons dans une profonde dépression. Nous nous replions sur nous-mêmes et souffrons cruellement du manque de notre ange protecteur.

Paul-Loup Sulitzer
Paul-Loup Sulitzer

Il y a une petite histoire comment j’ai pu prendre note de cet auteur qui ne m’était pas autrement connu. C’était à Lausanne, en 1985 quand j’ai rencontré un gitan près du lac, quand je me suis promené et prenais une photo de sa petite fille, que j’ai appris l’histoire. On a commencé à parler et puis prenions un café dans un bar.

Le Roi Vert, Roman de Paul-Loup Sulitzer
Le Roi Vert, Roman de Paul-Loup Sulitzer

Ce gitan qui s’appelait lui-même un ‘roi’ des gitans à Paris, car il était éduqué et homme littéraire, m’a parlé avec beaucoup d’emphase d’un livre intitulé ‘Le Roi Vert.’ Il m’a dit que je devais absolument lire ce livre, que c’était une histoire fascinante d’un homme qui est devenu un multi-millionaire d’une façon spectaculaire à New York, et puis a réalisé un projet pour les juifs en Israël. J’étais surpris, car le gitan ne m’a pas parlé de ce livre spontanément mais seulement après je lui ai raconté un peu de ma vie, de mes difficultés avec mon doctorat en droit international à Genève, de mes manuscrits, de mes ambitions d’écrivain, de mes intérêts pour la musique classique, le piano, et une vie plus aisée, plus en harmonie avec ma richesse intérieure.

Le gitan m’a laissé avec ses mots: ‘Lis ce livre, il va t’inspirer, il va te montrer un chemin vers un futur glorieux. Je ressens que tu as beaucoup en commun avec cet homme—à part du fait que tu as peu de courage, que tu es trop timide et trop modeste. Tu dois changer cela, tu dois adopter un caractère ferme et décidé, comme lui, et tu vas certes réussir ta vie.’

Rentré de chez moi, dans toute ma solitude misérable, j’ai décidé d’aller à l’université le lendemain et d’empreinter ce livre de la bibliothèque. Je l’ai lu en deux jours. J’ai été bouleversé. C’était une histoire inoïe qui parle d’un homme au nom de Reb Michael Klimrod, devenant l’homme le plus riche du monde; et pourtant, il a survécu au génocide Nazi à Matthausen, où son corps a été trouvé, encore vivant, le 5 mai 1945. Cet homme a fondé 1687 societé, un vrai empire, et le 5 mai 1980, il pénètre dans le bâtiment des Nations-Unies à New York et lance un défi qui va faire le monde parler de lui.

Ce qui est intéressant c’est que Paul-Loup Sulitzer a représenté dans sa vie à lui beaucoup des caractéristiques des héros de ses livres. Voici ce qu’il écrit dans son autobiographie de sa vision adolescente et de sa détermination de réussir sa vie:

Je suis impatient de trouver ma propre voie, sans appliquer des recettes toutes faites. Je veux réussir comme l’avait fait mon père disparu. Je veux lui ressembler. Je veux devenir un homme d’affaires. Je ne suis pas le premier entrepreneur à avoir dédaigné les diplômes. Bill Gates, que j’ai rencontré, na pas pris la peine de terminer ses études à Harvard. Il avait mieux à faire. Un diplôme est un titre auquel on peut s’accrocher éternellement. Les vrais entrepreneurs n’ont pas besoin de ces garanties. Ils acceptent la loi du marché dans sa brutalité. Cette loi est très simple: on peut toujours tout perdre. Il n’y a pas de profit sans prise de risque. Le risque ne m’a jamais effrayé. Je ne vois pas les obstacles. Je suis obsédé par la liberté et l’indépendance. Ce sentiment irrépressible a contribué à mon succès dans plusieurs domaines. Mais a été également la source de souffrances profondes.

Alors il commence un commerce avec des porte-clés qui devient une réussite fulgurante. Après cela, à 17 ans, il devient le PDG le plus jeune de France, et reçoit une large presse. Puis il anticipe sa carrière d’écrivain en expliquant que talent peut jaillir sans éducation aucune:

On m’a souvent reproché d’avoir commencé dans les affaires avant de me lancer dans la littérature. Pour les critiques, on ne peut écrire sans avoir fait de longues études littéraires. Encore une idée toute faite! Un homme d’affaires, un fonctionnaire, un dentiste peuvent devenir écrivains s’ils ont du talent et des histoires à raconter. Notre langue est la plus belle du monde, et elle appartient à tout le monde. Il faut mettre fin aux préjugés qui pourrissent la société française. Au cinéma et au théâtre, c’est la même chose. On peut devenir un génie sans être passé par le Conservatoire. Savez-vous ce que faisait Depardieu avant de devenir l’immense acteur que l’on connaît? Il travaillait dans une petite imprimerie à Châteauroux. Coluche? Il vendait des fleurs. Chez les écrivains, parmi les plus grands, il y a des autodidactes: Jack London était chercheur d’or dans des contrées perdues. Je pourrais multiplier les exemples, ils sont innombrables.

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